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la passion

La quadrature du cercle

Publié le par jml


Vous êtes-vous un jour demandé quels étaient les ingrédients nécessaires pour réaliser le grand réseau de votre vie ?

Personnellement, j'en ai identifié quatre principaux: Passion, Argent, Espace, Temps.
Au cours de sa vie, lorsque l'on court après l'un, on fait immanquablement fuir l'autre.


La passion

D'ou vient cette passion pour les chemins de fer ?

Pour certains c'est l'environnement ; on est cheminots de père en fils et j'habite dans la gare du village, pour d'autres c'est le grand triage que je voyais de ma chambre, etc.

Pour moi, rien de tout ça, aucun lien physique avec le chemin de fer. J’y vois plus une tournure d’esprit déterministe auquel le chemin de fer correspond bien. Pour faire simple, l’association rail + véhicule correspond à une vison rassurante du futur. Un futur déterminé dans lequel on sait oû vont les choses, c'est-à-dire que la position du train a un instant T+1 est toujours celle qui a été prévu a l’instant T. Le déplacement d’un convoi ferroviaire est tout à l’opposé de l’aventure. Un esprit aventurier qui avise au fil de l’eau ne peut pas aimer le chemin de fer. Qu’en pensez-vous ?

Seul mon grand-père (né en 1902) avait ce gout ferroviaire mais pas de collection, pas de réseau. Seule une 242TA à l'échelle 0 dans un piteux état trônait dans une pièce poussiéreuse.

Un souvenir fort avec lui reste le ballet des dernières vapeurs dans la tranchée de la gare saint-Lazare vues derrière les grilles du pont de l'Europe. Un léchage de vitrine à "la maison des trains" au passage du Havre laissa des traces dans mes souvenirs d'enfant. Je reçu également un jour de mon grand père (pour récompense d'école) une BB9201 Jouef dans sa boite rouge avec les deux tampons de mousse aux extrémités du carton. C'est comme ci c'était hier.


L'Espace

La maison que mes parents avaient pu faire construire en banlieue parisienne était pourvue d'un grand grenier mais malheureusement non aménagé. Il était à l'état brut c'est à dire un grand espace sur solive (pas de plancher) et sans isolation. Je continuais donc à jouer au train dans ma chambre en démontant le réseau régulièrement. J'avais douze ans.

Avec un lot de parquet de récupération, mes parents décidèrent un jour de couvrir un petite partie du grenier. J'allais enfin pouvoir installer mon réseau. La dernière latte posée et hop l'ensemble de mon matériel HO Jouef était étalé sur le sol franchement posé. C'est aussi la première photo "Instamatique Kodak" de mon réseau N°1.





Des années plus tard, extension du parquet sur la totalité de la surface du grenier. On pouvait maintenant marcher sans risquer de mettre le pied entre deux solives et éventrer ainsi le baculat.

Cette fois ci je construisis le réseau N°2 "en dur" avec du bois de récupération de caisse d'emballage. Une surface en forme en L de 5x5 mètres. J'avais 15 ans et je n'imaginais pas à cette époque la valeur que représentait cette surface. Mon souci était plutôt l'argent, pas d'argent de poche et une famille pas vraiment encline à faire des cadeaux sous un prétexte ou un autre.

Seize ans et des poussières, petits boulots de cueillette de cerises. Retour à la maison des trains, tant d’argent dépensé d’un seul coup en aiguillages électriques et caténaires JV. Mais le temps des cerises revenait régulièrement.

Il m'a fallu beaucoup d'années passées en ville pour comprendre que le terme "agglomération" peut aussi se traduire par "entasser des éléments au maximum tant qu'il reste un l'espace entre ceux-ci". Les éléments en question sont bien sûr les humains et tout ce qui les entoure.
Sans pour autant tomber dans l'agoraphobie, il faut bien admettre que sur une surface donnée, on trouve trop de gens, trop de maisons, trop de voitures, trop de pollution, trop de bruit, trop de tout ... et pas assez de place.

Quarante ans, ça couvait depuis un certain temps, c'est décidé, je m'exile en province loin de ma ville natale. 120 km de Lutèce, ce n'est pas rien, vais-je survivre loin de cet entassement de tout ? mon organisme va-t-il s'adapter sans tout ce CO2 et particules (ir)respirables en tout genre ?

Une petite fermette à rénover, et un espace rien que pour le train. A rénover cela veux dire qu'il faut tout faire et justement je ne sais rien faire. Dix ans pour apprendre à refaire un toit, construire un plancher, monter un mur, installer la plomberie, l’électricité, poser de l'isolation, etc. etc.

 

Le temps

Quand on a dix ans, la notion du temps n'existe pas vraiment. Tout ce qui n'est pas pris par l'école est du temps libre. Je quittai cette école assez jeune (en le regrettant plus tard mais ça c'est une autre histoire) et je m'investissais à fond dans ma vie professionnelle. Dans les années 80, mes parents voulurent récupérer l'espace du grenier, il est vrai que je n'avais plus vraiment le temps de m'en occuper. Tout le réseau fut déconstruit et le matériel vendu. L'activité train était belle et bien mise en veille.

Il faut croire qu'une vrai passion ne s'éteint jamais puisqu’en 85, je visitais le salon du modélisme au CNIT la défense et découvrait le "N". Je vivais à cette époque dans un petit studio parisien et cette échelle me laissait entrevoir un renouveau. Je sortais du salon avec des boîtes promos "Roco". J'étais euphorique, je n'avais jamais acquis tant de matériel en une seule fois. Il faut dire que j'allais sur la trentaine et bien que l'argent ne coulait pas à flot j'avais un peu plus de liberté financière qu'a 15 ans. Je décidais donc d'amputer l'espace vital des 25m² de mon studio d'une surface de 170*120cm. C'était l'époque du réseau N°3.


L'argent

Ah l'argent ! 

A moins d'être né dans la "cuisine de Jupiter", c'est l'ingrédient fuyant, évidemment.

Mais avec l’âge, la stabilité vient, les périodes d’acquisition (parfois effrénée) de tout ces biens matériels plus ou moins indispensables s’estompent, moins d’envies fougueuses aussi. On retourne aux plaisirs initiaux. On entre dans la période du juste équilibre et on peut consacrer un budget à autre chose, à des envies de fond.


Epilogue

Pour conclure, je pense que parmi ces quatre ingrédients, la Passion est le ciment, elle permet de maintenir la motivation en attendant les 3 autres.

Cinquante ans déjà !

Publié dans La passion

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